mercredi, mars 30, 2005

Poisson d'avril !

Pour le collectif Coïtus impromptus

J’ai beau tourner ce poisson d’avril en tous sens, le pêcher, lui ôter les ouïes, le frire, c’est toutefois l’image de ma grand-mère maternelle qui finit par habiter tout l’espace de mon imaginaire quand j’entends ces mots qui se feront exaspération vendredi prochain, quand les élèves ricaneront bêtement à faire pendouiller un bout de papier dans mon dos...

Personnes âgées : grincheuses, insupportables, capricieuses, insécures ? J’ai connu le contraire, l’époque de grands-mères et grands-pères qui se réunissaient en club d’âge d’or et qui créaient du désordre partout; on les entendait rire aux grands éclats dans les lieux de pèlerinage, en tabarnak en crisse et en calvaire quand ces mots étaient encore tabous. Pour certains, ils étaient vulgaires; à mon sens, ces grands ricaneurs mordaient à la vie du plus fort de leurs dents, ce qui est bien loin de la vulgarité, compte tenu des émotions causées par un infarctus du myocarde et autres trucs franchement angoissants, et des robes noires en leur mémoire qui leur dictaient leurs comportements. Bref, ma grand-mère, produit de la culture Théâtre des variétés des Gilles Latulipe, La Poune, Manda Parent et Juliette Huot, fait partie d’une génération qui rappelle la Grande Noirceur, ce qui fait frissonner de dédain n’importe quel fier Québécois qui a passé la Révolution tranquille et qui a coché une case au référendum. Et pourtant, chez moi, il n’y a rien d’exaspérant au vaudeville que ma grand-mère incarnait. Je dois avoir quelque chose de Manda Parent, que j’ai bien tenté de cacher sous des airs d’intellectuelle.

Ma grand-mère mordait à l’hameçon chaque année. Ça a l’air imbécile ce que je raconte là, j’ai gardé un poisson dans mon coffre de souvenirs d’enfance et d’adolescence parmi les plus précieux, ça a l’air imbécile, ça me rend comme une petite fille et j’adore ça.

Le 1er avril venu, je n’avais pas à songer très fort à un truc pour faire mordre ma grand-mère, la seule qui oubliait volontairement cette date. Ça se passait toujours ainsi :

MC : Grand-maman, on manque d’eau aujourd’hui chez nous, et toi?

Grand-maman : Hein ? J’ai pas remarqué, attends une minute, je vas aller voir...

(Bruit du robinet)

Grand-maman : Non, non, y a de l’eau.

MC : Poisson d’avril !

Grand-maman (gros rires communicatifs)

Chaque année, la même farce plate, elle mordait toujours... J’ai commencé ce tour à 10 ans et à 25 ans, je lui faisais encore cette même farce. Pour l’entendre rire, c’était mon bonheur.

Même avec beaucoup d’imagination pour jouer un poisson d’avril aujourd’hui, il m’est impossible d’arracher à quelqu’un un rire aussi franc.

2:

At 10:04 a.m., Blogger Isabelle said...

Qu'est-ce qu'une grand'mère n'aurait pas fait pour faire rire une petite fille "Chantal"qu'elle aimait tant? Je parle d'une grand'maman aimante!Il y en a eu je crois qu il y en a encore quelques-unes,si on les cherche bien. Riait-elle pour mieux vieillir, pour mieux vivre? de toutes facons c'était formidablement BON et beau à vivre

Carole-Isabelle

 
At 5:10 a.m., Blogger Marie-Chantal said...

Merci du commentaire. N'est-ce pas que ce sont de beaux souvenirs !

 

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