samedi, avril 16, 2005

Se noyer dans les autres ?

Je suis d'une générosité qui va jusqu'à l'exagération, jusqu'à l'oubli de soi. Déjà, à l'adolescence, ma mère me le reprochait. Je comprends maintenant; avant j'entendais "s'occuper de soi" comme une éloge à l'égoïsme. Je me disais : "Oui, mais, qui va s'occuper des personnes rejetées, des itinérants, des malades, des jeunes abandonnés, des pauvres, du Tiers-Monde ?"

Un prêtre un jour m'a dit (au Cap-de-la-Madeleine, les prêtres sont d'avant-garde) - je répète ses propos de mémoire - : "Tu n'es pas le Christ, arrête. Il y a eu un Christ, ce n'est pas à toi de le tenter de le remplacer. Ça mène à la crucifixion. Pense donc à te faire jolie, à séduire, à trouver ta vocation, celle d'écrire peut-être. Dieu s'occupera du reste".

Pourquoi me suis-je dirigée vers un prêtre ? Pour entendre un autre discours que celui des psychologues sur les modèles inconscients, le lâcher prise, tout ce charabia qui me donne le mal de coeur.

Je ne suis pas croyante et pourtant très imprégnée des valeurs catholiques. S'aimer les uns les autres, donner sa vie aux autres, qui donne aux pauvres entrera au Paradis, etc.

Objectivement, ce dévouement aux autres qui nous a été chanté sur tous les tons dans mon enfance, il est devenu un défaut. Au fond de moi-même, je vis cette contradiction avec difficulté.
Oui, j'ai eu maintes fois la preuve qu'il nous faut pas trop jouer aux Térésa, car c'est une très grande prétention et c'est finalement aussi très égoïste.

En réalité, je n'ai jamais sauvé personne, je n'ai pas changé le Tiers-Monde, ni les criminels, ni les pauvres, ni les suicidaires. C'est un rêve de fou, une entreprise Don Quichotte. Mais on aime les fous, non ? Ils ne sont pas banals...

C'est aussi par fantasme que je me promène dans les pires rues des pays du Sud; j'ai l'impression que je change quelque chose en regardant les gens y survivre, en échangeant avec eux, c'est un fantasme de missionnaire. Ou de journaliste. Je vois l'Histoire qui s'écrit live. Je défilais à Pie-de-la-Cuesta dans un taxi Wokswagen illégal en compagnie probablement d'un mafieux, et je me sentais vivre...

Oui, je viens d'écrire la vie. Il me semble. Et en même temps, je ressens une angoisse très profonde. Le désir de sauver les autres m'oppresse, ça me rend anxieuse d'écrire tout ça.

Et voilà qu'il faut que je me fasse plus humble, en écrivant ces lignes :

Je vais passer chez la coiffeuse cet après-midi, puis chez l'esthéticienne. J'ai besoin de me faire faire une électrolyse aux jambes, l'été s'en vient. Et puis : rendez-vous au salon de bronzage. Je vais faire du scooter après, il fait tellement beau ! Je finirai ma journée dans un bon bain mousseux et je tenterai d'exciter mon conjoint pour que nous ayons une soirée des plus torrides.

Pas intéressant, mais vital.

"Prendre soin de soi" est une expression qui me fait penser à "massage, esthétique, coiffeur"... C'est banal, c'est le b.a. ba de la vie contemporaine. Je ressens de la difficulté à me restreindre à cela.

Pour ce qui est de ma contrariété à ne rien changer ici bas, je le confie à "Dieu". Mais je continuerai de vivre entretemps, à regarder la vie, les autres, sans oublier de me protéger, d'assurer mon bien-être personnel, et combler mes "besoins narcissiques".

Ai-je besoin de la foi finalement ?

Je n'aurais jamais pensé un jour écrire le mot "Dieu" dans un texte...

2:

At 10:07 a.m., Blogger julie70 said...

"S'occuper de soi" c'est aussi une besoin vital et nécessaire ! et pas seulement de son aspect extérieur (hélas, je m'en occuppe trop peu) mais de soi, interne. Plus on s'occupe de soi, plus on est disponible envers les autres, je crois...

 
At 6:55 p.m., Blogger Marie-Chantal said...

Tu as bien raison ! Mais je n'ai pas compris ça vite !

 

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