dimanche, juillet 10, 2005

Les blogues critiques

Y a des jours ou je me sens comme une adolescente qui écrit son journal intime, croyant sa personne fort importante dans la blogosphère.

L'égo a parfois honte quand il se bute à son petit univers; je suis allée prendre un coup de rouge chez Leblase (http://leblase.net/), un coup de rouge sang. C'est pour moi comme un bistrot que je n'aurais pas fréquenté depuis un bout de temps, et j'y retrouve les mêmes habitués, qui sont nombreux et intéressants.

Et je me pose cette question :

Pourquoi les Européens abordent-ils plus les questions internationales que nous le font nous-mêmes, les Québécois ? Même après le 9/11 ?

Serait-ce vrai, comme le disait Baudrillard et ce, bien avant les événements du 11 septembre, que l'Amérique est encore adolescente par rapport à l'Europe qui a connu deux guerres au siècle précédent ? Sommes-nous encore dans notre balloune rose Disney, dormons-nous tranquilles en raison de l'armement de notre voisin, le plus puissant au monde ? Endossons-nous en silence les décisions prises par celui que nous détestons au Canada, George W, chiâlant la bouche pleine d'un solide Big Mac et poussant le tout avec un gros Coke ? Sommes-nous des grands parleurs ou sont-ils des grands parleurs, de l'autre côté de l'Atlantique ?

Voyons-nous ici le phénomène suivant : 150 commentaires sur un blogue critique ? À ce que je vois ici sont quelques commentaires pour encenser sagement, sans critique, sans contradiction, sans relief. Et surtout, moi-même comprise, pour encenser son égo, en recherche la bedaine pleine de salades californiennes (pour être in) ou de fast-food (pour être out) et de pépeines et bibittes dans la tête ?

La communication Internet peut-être un instrument de démocratie et de liberté de parole. Un moyen peut-être pour que la masse régularise elle-même ses valeurs. Mais parfois, je n'en suis plus certaine du tout. Nous avons la fâcheuse habitude de nous faire la compétition (culture de marché, même celui de la littérature?) plutôt que de nous appuyer.

Je suis optimiste de savoir une pensée s'exprimer, une critique s'élaborer, même si parfois, je préfère faire griller mes steaks sur Bar-B-Q et rire d'Elvis Gratton à belles dents, le boeuf poigné entre deux dents, que de me pencher sur l'avenir de cette planète. Et passer mon tour pour émettre mon idée, au cas ou l'autre serait plus brillant... encore colonisés, les Québécois ?

13:

At 6:39 p.m., Anonymous sebastien chabot said...

En effet. Je me lance la pierre en premier. Je suis très préoccupé de questions esthétiques, et pas assez de questions sociales. Je suis dans un deuxième roman qui me remet joliment en question, sur le plan poético-éthique. Mais disant cela, je retourne à mes fesses. Or voici : pour réagir à ton propos, je me permets de te faire une suggestion fort éclairante sur les questions internationales : Jean Ziegler, L’empire de la honte, Paris, Fayard, 2005. C’est un livre fabuleux qui traque l’imbécillité où elle se trouve, soit, dans les lois du marché globalisé. Citation : «De la connaissance naît le combat, du combat la liberté et les conditions matérielles de la recherche du bonheur. La destruction de l’ordre cannibale du monde est l’affaire des peuples. Régis Debray écrit : “La tâche de l’intellectuel est d’énoncer ce qui est. Sa tâche n’est pas de séduire, mais d’armer”.» (Ziegler, p. 20 -21) J’ai beaucoup d’amis Français, et il me semble qu’en effet nous sommes de joyeux colonisés. Combien de fois j’ai entendu des gens me dire : «Parles comme du monde, tu parles comme un Français. Moi, je parle comme un Québécois [sous entendu, en colon(isés)]» Alors que je venais simplement de faire une phrase correcte, sans prétention aucune, je t’assure, simplement correcte. Dans les classes laborieuses, le beau langage n’appartient pas aux Québécois, il est uniquement Français. Ce n’est qu’un exemple. Le pire, si tu veux mon avis, ce sont les gens de ma générations qu’on nomme Baba-cool, tu sais le style hippie, qui se targuent de n’appartenir à aucune nation, en niant complètement une évidence toute simple : on vient de quelque part. Il me semble que derrière cet accent apatride se cache une honte d’appartenir à un groupe qu’on regarde de haut. Je ne prône pas un retour à un enfermement sur soi-même, mais j’appelle de tous mes vœux une identité proprement québécoise qui puise servir de cadre pour comprendre le monde. Par exemple, en tant qu’individu, lorsque je rencontre une autre personne et que je me connais, avec tout ce que ça implique, il me semble que je peux avoir une vraie rencontre, un vrai échange. Je crois que si cela est vrai sur le mode individuel, il est probable que ce le soit sur le mode collectif. Voilà, j’arrête. (Désolé, c'est un peu long.)
Dernière chose : je te donne la palme de la pertinence de la semaine.

 
At 7:23 a.m., Blogger Marie-Chantal said...

Il y a beaucoup dans ton commentaire.

Je vois pourtant dans tes écrits une grande implication sociale. La pauvreté, voilà un débat international, elle est partout. Il se développe même, je dirais, un Tiers-Monde au coeur même de notre jardin de roses qu'est l'Amérique. Le Tiers-Monde s'étend partout pour ne laisser que quelques familles dans le monde diriger avec les milliards qu'elle fait sur le dos des gens ordinaires qui pettent dans un métro en se rendant gagner leur vie. Al Quaeda ne vise vraiment pas bien ses cibles... Je ne comprends pas clairement ses actions. Remarque que les States visent aussi des innocents. La course Ben Laden finit par faire crever des innocents en Irak. Bon. Tout le monde perd, surtout les gens ordinaires et honnêtes. Belles valeurs dans le monde; pourquoi des "misérables" s'en prennent à d'autres "misérables", sinon que c'est le cash qui est dessous, en Amérique comme dans les pays arabes ?

Quant aux "baba-cool", il s'agit de la génération des enfants des hippies. Peut-on plus individualistes ? Très conscients, les boomers, très bavards... mais ils n'ont pas donné le Québec aux Québécois, certains sont même devenus fédéralistes, croyant que l'indépendance toucherait leur portefeuille. Je ne tiens pas à tenir un discours de "looser" (c'est le nouveau qualificatif chouchou des boomers, quand ils posent les yeux sur les générations plus jeunes). Enfin, je m'éloigne du propos qui est l'identité vs les enjeux internationaux.

Colonisés encore, les Québécois ? Je le pense. Je vois le succès des Elvis Gratton, et je ne suis pas certaine qu'on comprenne bien Falardeau, qui nous servira une image ridicule du Québécois jusqu'à écoeurement.

Je ne crois pas non plus au concept de "citoyen du monde", surtout en ces temps de mondialisation qu'on nous passe entre les dents. Évidence : est-ce que je parle l'Esperanto (langue absolument utopique soit dit en passant) ?

Ai-je honte d'être Québécoise ? Enfin oui, je suis complexée. Quand on compare le diplôme de cinquième secondaire au bachot. Bien sûr, les Français, eux, trouvent ça bien exotique, notre "accent". Et je déteste quand ils nous regardent avec leurs yeux de reporters du National Geographic, moi, une bébitte issue du XVIe siècle... Bon, ça doit être les colons de France, y a de la bêtise partout, n'est-ce pas ?

L'accent québécois travesti en accent français m'horripile de mon côté. Me sens pas obligée de parler l'argot québécois des années 60 non plus, j'ai la langue de ma scolarité et de mon métier, mais enfin, passons les expressions françaises de bon goût au Québec chez les intellos qui sont la marque d'une classe sociale scolarisée et pédante. Je ne te vise pas en disant cela, on me dit moi-même que je parle "comme un livre", tsé... Lequel ? Les chroniques du Plateau ? :)

C'est tellement long, ma réponse, je crois que ce sera mon prochain coup de gueule pour un "post".

Et je m'accroche encore et encore à l'indépendance du Québec : plus qu'un attachement à la culture, plus que l'attachement à une langue qui est devenue plus charmante, pour résister, tout simplement. Car en tant que peuple, nous pourrons encore décider de nos valeurs, bâtir notre projet global de société. Le Québec, ce n'est pas le Canada, ce n'est pas les États-Unis. Et j'espère que Charest ne sera pas notre Judas, avec son slogan: Think big, stie !

 
At 7:29 a.m., Blogger Marie-Chantal said...

Avec tout ce bavardage, j'ai oublié Ziegler... faut que je lise des ouvrages à ma faim maintenant que j'ai du temps. J'ai mis à mon horaire la bibliothèque nationale pour demain; ce sera l'occasion d'emprunter ce livre. Aujourd'hui, visite d'un ami français, très sympa !!

 
At 7:34 a.m., Blogger Marie-Chantal said...

Un autre oubli...

Si ça peut te donner du courage comme ça m'en donne aussi, à l'automne, un immense débrayage de toute la fonction publique menacera notre "Think big, stie!", car s'il est question d'un décret, les grévistes n'entendent pas suivre s'y soumettre. On parle en ce moment d'une grève anarchiste, qui ira envoyer paître ce gouvernement fasciste. On sème ce qu'on récolte. Ti-Jean ne connaît pas ses moutons...

 
At 9:41 a.m., Anonymous sebastien chabot said...

Bien, une grève à tendances anarchistes: ça me réjouit! Pour ce qui est du reste de tes commentaires, je les signe, et encore une fois, te salue bien bas.

 
At 7:06 a.m., Blogger laseine said...

bonjour frères et soeurs quebequois

 
At 4:20 p.m., Blogger Marie-Chantal said...

Bienvenue, laseine. Suis passée voir votre blogue, super, super! Je vais survoler la flaque souvent pour vous lire.

 
At 7:22 p.m., Blogger Limboman & jcpdt7j said...

je reconnais cette liberté, c'est celle que je prête volontiers aux français. à ceux de la mythique révolution.

et heureusement que Michael Moore n'est pas Américain et heureusement que les Québecois ne sont pas Canadiens. c'est au moins ça comme îlots d'humanité dans ce grand continent nord-américain.

de mon point de vue français les québecois sont le meilleur du français et de l'américain.

évidemment si certains s'arrêtent à un accent ou un mot d'argot...

le québec me semble un village peuplé de gens biens. un peu comme en suisse, mais moins lisses, moins pervertis.

j'aime beaucoup votre écriture, euh... vos mots. enfin ce que je lis. j'aime vous lire.

 
At 8:29 a.m., Anonymous Kastor said...

Je suis assez d'accord avec ce que Jelo dit. Je vis en France depuis 8 ans et je trouve que, oui, en France on fait des débats, c'est sûr mais qu'on y brasse aussi beaucoup d'air. Les manifestations ici, ça ressemble souvent à des cours de récréation. On s'y amuse, on s'y retrouve, on s'identifie au fait de faire une manif en France. Je trouve les Français très idéalistes. Ils aiment les idées et ce n'est pas pour rien que parmi les meilleurs philosophes il y a beaucoup de Français. Mais quand il est temps de passer à l'action, c'est trop désorganisé (ca se barre en couille, comme on dit ici). Des restes de monarchisme reviennent à la surface, on aménage des passe-droits pour l'un et l'autre... Il y a aussi le côté rebelle (est-ce latin) des Français face aux règles qui se traduit souvent en manque de fonctionnalisme : on se dit qu'il ne faut pas trop respecter les règles, même si on l'a nous-même énoncée...
De plus, je ne suis pas sûre que les Français aient une meilleure conscience globale que nous... Prenez par exemple l'écologie: oui, oui, on a adopté les beaux principes de Kyoto, mais est-ce que les Français dans leur maison et au bureau se soucient de recycler? Pas du tout...!
Vive les Québécois...!

 
At 5:01 a.m., Blogger Marie-Chantal said...

Cher Jelo,

Merci pour ton commentaire. Un accent? Chacun a le sien. L'argot, chaque langue a le sien. La langue francaise a simplement la couleur d'ici, avec son argot, bien sûr. Ne pas oublier que maintenant, le Québec est plus scolarisé.

Et Jelo, n'oubliez pas : Les New Yorkais ne sont pas non plus des Américains !

 
At 5:42 a.m., Blogger Marie-Chantal said...

Bonjour Kastor et bienvenue !

Nous avons hérité de la mentalité anglo-saxonne pour le pragmatisme.

Notre situation historique de colonisés nous a transformés en francophiles ou francophobes; anyway, la France restera toujours une culture lourde à porter, comme les Etats-Unis sont économiquement lourds à porter. Mais petit à petit, les Québécois retrouvent leur unicité, et ce sont les conséquences positives du mouvement national.

Ne pas oublier que les contours de notre identité ont été dessinés pas la parole des poètes, des romanciers, par le "Refus global", avec Riopelle et tous ceux-là de la Révolution tranquille.

On a ici nos grands'gueules, je pense à Falardeau, à Martineau... Mais dans ce texte, je voulais surtout souligner la "peur" du Québécois de se mouiller en émettant son opinion, relent de complexes? Oui, car nous sommes scolarisés depuis si peu longtemps et nous nous sommes affranchis d'une religion qui pensait à notre place. Mais je suis d'accord pour dire que NOUS NE SOMMES PAS MOINS CONSCIENTS DES ENJEUX ACTUELS. Mais tu sais, les Français jouissent encore d'une "démocratie" que je mets en doute chez nous: ce front commun prévu à l'automne sera peut-etre éteint par un décret auquel nous nous soumettrons...

Le Québec te manque, non ?

 
At 8:43 a.m., Blogger Limboman & jcpdt7j said...

toute culture s'installe dès lors qu'elle arrête de se sentir en minorité. ou quand elle ne l'est plus. sinon elle survit. comme les régionalismes survivent partout.

:-) ce que je voulais dire c'est que les nuances de langue et la différence de géographie entre le québecois et le français impliquent obligatoirement des identités non-comparables dans leur totalité. juste très semblables sur certains points essentiels à leurs identités.

dans "les blogues critiques" c'est l'esprit lucide qui m'a frappé.

le français râle tout le temps. depuis 300 ans il râle. même quand il n'a pas de raison. c'est dans ses moeurs que de critiquer avant de signer.

râler et agir en conséquence c'est généralement un bon départ pour aller jusqu'à la contestation appliquée voire la rebellion forte.

les québecois se rebellent de plus en plus fortement. mais le résultat est encore fragile face aux décrets anglo-saxon.

une rebellion identitaire est une rebellion dont les motifs sont généralisés dans la masse. pour que l'identification dure elle nécessite une vérité commune. un sens commun. généralement assez trivial: on a faim et pas d'autres, on n'est pas libres aux dépens d'autres, c'est pas notre manière de faire car nous ne sommes pas comme eux, etc.

quand un changement prend racine il vient généralement de la victoire d'une certaine idée de l'individualité. et la victoire d'une volonté sociale, communautaire, identitaire, c'est quand même lorsque beaucoup partagent la certitude établie que que "le québec c'est pas le canada". non?

cf les querelles de régions en l'italie: comme si les spaghettis bolognaises était comparables avec un osso bucco!

michael moore et pleins d'autres de ses concitoyens ont un esprit critique aussi lucide et affûté que toute personne censée sur terre. mais franchement le peuple américain ne râle jamais très longtemps. du moins on ne l'entend jamais râler très longtemps. en revanche souvent très violemment.

sans consensus de masse autour d'une idée ou d'un besoin il n'y a pas de changement social significatif.

l'immédiate violence américaine et la paresse contestataire française impliquent des comportements bien distincts tant qu'ils ne s'amalgameront pas plus. ou tant qu'ils se résisteront l'un l'autre. c'est pareil entre deux régions d'une même nation.

mais de ma maison je n'ai pas le sentiment que les québecois aient "peur" de râler.
j'ai plutôt le sentiment que peu de québecois râlent *lucidement* parceque leur situation ne nécessite pas de remise en cause.

mais je n'ai pas mis les pieds à québec ni montréal depuis 9 ans hein :-)

 
At 9:02 a.m., Anonymous Kastor said...

Salut Marie-Chantal!

Oui, c'est clair, le Québéc me manque !

Pour ma part, je mets en doute la "démocratie" (et il faut pour tous les pays mettre ce mot entre "" je crois, car ça reste toujours plus une utopie qu'autre chose) française. Voir la loi qui vient de passer pour faire que les contrats à durée indéterminée aient une période d'essai (celle pendant laquelle on peut te virer sans préavis) de 2 ans désormais, contre 3 mois auparavant...!

Non, c'est du pareil au même pour moi, qui ait véçu au Québec, aux Etats-Unis et maintenant en France. Toujours les mêmes pantins à la télé (même si avec de différents déguisements, différentes couleurs), la même mascarade lors des élections,...

 

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