mardi, juin 28, 2005

Rire

Journal intime - pour me faire suer moi-même

Je me rappelle d'une époque de silence. La poubelle vidée dans un bureau de psychanalyste, j'ai aussi appris à semer quelques fleurs sur la pelouse. Ce psychanalyste a été la portion de père qui m'a manquée. Ce fut presque une guérison miraculeuse.

Trouver la joie de vivre un matin, comme le chante Barbara.

J'ai un rire de folle à lier, pourtant. Nombreux apprécient ce rire. Et je ne sais pas trop pourquoi, ma mère est intimidée par ce rire. Mon frère aussi.

Je regardais la vidéo du 50e anniversaire de mon frère hier. Événement important, car j'y ai rencontré, pendant cette fête, des gens que je n'avais pas vus depuis si longtemps, et j'y ai reconnu mon frère que je vois si peu.

En voulant interpréter une chanson de Ferland, me vint ce trou de mémoire qui m'aurait confirmé folle si je ne m'en étais pas sortie. J'avais complètement oublié la musique, je devais chanter ça a capella, et le Petit Roi se mêlait dans ma tête à ma chanson. Je n'ai pas été parfaite comme maman l'aurait voulu, il m'a fallu 15 secondes pour me rappeler de ce court extrait. Je n'ai pas faussé d'une note.

Quand je riais, à la table avec mes tantes, comme une déchaînée, maman me regardait. Avait-elle honte ? Pourtant, je m'en suis bien sortie avec le tambour de Basque. Ce n'était pas assez. Un silence d'environ 15 secondes pour retrouver sa musique, ça fait croire qu'il manque des "bérings" et ça, faut pas. Mais je dramatise, mon faux père corse me l'a dit, et ça contredit les regards condescendants d'une famille qui veut retrouver sa dignité. C'est lourd sur les épaules, à la fin, de tout vouloir faire à la perfection, pour tirer la langue aux mauvaises langues, qui parlent en divorce, folie et adultère de notre famille, vieille histoire des années 70 encore en leur mémoire, parce que ça fait leur affaire, parce qu'on s'exprime mieux, parce qu'on est plus scolarisé, parce qu'on est orgueilleux, parce qu'on n'écoute pas Céline Dion, parce que chez nous on lit autre chose que Le Nouvelliste, parce qu'on a vu plus loin qu'un cours secondaire, parce que ma mère a cumulé son "fonds de pension" qu'elle a mérité en se levant chaque matin sans chiâler pendant 35 ans, parce que je n'ai ni peur d'un tambour de Basque ni de chanter a capella, parce que mon frère, c'est lui qui fait l'argent, et parce que moi, j'ai survécu à une descente aux enfers, parce que moi, j'ai un brevet d'enseignement en bonne et due forme. Des petites histoires pour des petites gens. C'est leur attitude de complexés qui me rend malade.

Je me suis dit un jour qu'avec les petites gens, faut pas se comporter en petites gens. Et essayer malgré tout de démentir les propos, non en vengeance comme j'aurais toujours voulu le faire, mais plutôt en sourire. Personne ne peut vraiment tirer sur la gentillesse. Ainsi, voilà l'arme.

Et puis, j'ai présenté mon xième chum à la famille. "C'est-tu le bon, celui-là, ma Chantal!", m'ont demandé mes tantes. Sans méchanceté, mes tantes ont été fabuleuses en cette journée. Mais "le bon", je le cherche depuis si longtemps... Ma tristesse, mes traits tirés par les tracas, les préoccupations - le manque de rire - en ont fait fuir plus d'un. Ça met l'accent sur les traits ingrats du visage. Le rire, c'est la musique qui attire le mâle, faut avoir 46 ans pour savoir ça, tiens !

Bref, j'ai été satisfaite de cette journée, malgré tout ce qui précède. Parce que pour une fois, j'ai tenté de voir, malgré des méchancetés passées, un fond d'humanité.

1:

At 5:29 a.m., Blogger julie70 said...

Ce n'est pas toujours facile, de voir du bon, déjà, que tu t'en ai sortie, c'est bon. Et rire, sans penser aux regards de mère, n'est pas facile, mais continue à rire pleine gorge! et oui, c'est bon pour les traits et c'est bon pour l'âme

 

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