dimanche, mars 06, 2005

Almodovar, La Lupe, le travestisme et l'identité

À propos de La Lupe (Puro Teatro) : en parcourant les sites sur La Lupe, j'ai appris que dans la communauté homosexuelle latino, "faire la lupe" signifie "se travestir". Il faut bien le dire, les travestis aiment ressusciter ces vieilles vamps des années 50, image désuète de la femme fatale. Pourtant, ces vamps fascinent hommes et femmes, nous divertissent, nous interrogent.
S'agit-il d'un troisième sexe que les travestis se seraient ainsi appropriés ? Enfin, cette fascination est sûrement du fantasme carnavalesque, et pose encore plus le problème de l'identité.

Pedro Almodovar. Phénomène cinématographique. Moi-même très fascinée, j'ai fait le tour de sa filmographie depuis un an, et j'ai regardé certaines de ses oeuvres plus d'une dizaine de fois. Je comprends qu'il y a l'esthétisme, mais pas qu'esthétisme. J'ai même lu sur des sites qui lui sont consacrés qu'un colloque universitaire s'est tenu sur son oeuvre. Il faut croire que sous la futilité du travestisme, qui parfois, je l'avoue, finit par exaspérer, quelque chose nous touche encore plus; et en mon sens, c'est la question de l'identité.

Parenthèse biographique : vers l'âge de 15 ans, il n'était pas évident que j'étais une fille. Une vraie fille. Je me sentais seule à me sentir "garçon" quelque part. Affublée de ce problème identitaire, je suis allée interroger les scientifiques de l'âme. On m'a demandé : "Aimes-tu les hommes?" Quelle question, à l'adolescence. Surtout quand, justement, les hommes qui nous entourent n'éveillent en rien notre libido. D'autre part, les filles ne me disaient rien non plus. J'étais tout simplement assexuée. Mais la peur de l'homosexualité s'est étouffée dans ma gorge, et j'ai cessé de voir ce chaman de l'âme... par peur d'être étiquetée homosexuelle avant d'avoir élucidé cette question moi-même.

Quand je vois des téléromans qui s'appelent "Un gars, une fille", je me dis qu'ils sont bien chanceux que ça soit aussi clair que ça pour eux. J'aurais aimé que ça soit plus clair, mais je détestais le rouge à lèvres, les bagues, les talons hauts, la gentillesse, et je n'avais pas la voix haut perchée de la fille typique (j'ai plutôt la voix chanteuse de jazz à 3 h du matin). Et je n'étais pas frêle... par chez-nous, ne pas être frêle, ça voulait dire "peser plus de 50 kilos". On a déduit que j'étais une "butch", passez-moi l'expression... Et surtout, il m'a fallu attendre à 24 ans avant d'être intéressée par un "mâle".

Même à cet âge, l'identité sexuelle ne m'apparaissait pas aussi tranchée que ça. En partie, c'est sûrement en raison du changement des rôles typiques hommes et femmes que l'identité est devenue moins claire. Et puis, par l'absence du père... Père manquant, fille manquée?

Arrivée à Montréal en 1995, j'ai passé l'année dans le Village, par fascination : bars gais, de travestis, etc. Pourtant, aucune femme ne m'attirait. Maintenant, je suis exaspérée, et le défilé de la fierté me tombe même sur le gros nerf. J'ai réglé cette question qui pour moi se pose ainsi : j'ai le choix, mais je choisis tout de même l'homme car il m'étouffe moins, sentimentalement parlant. Mais Almodovar a réussi à transcender le phénomène.

Je m'éloigne un peu cependant de mon sujet. Je voulais parler d'identité. Je me suis intéressée à cette problématique dans un mémoire, mais il était trop centré sur l'identité nationale. Même que l'identité nationale, maintenant, m'apparaît bien floue, avec la Terre pour village.

Alors, je retourne à Puro Teatro de La Lupe pour le moment. Car en ce qui me concerne, la question du "qui suis-je?" n'est pas si simple. Mais je me dis, 30 ans plus tard, qu'enfin, on n'est pas si seuls avec nos réflexions et notre condition.

4:

At 7:54 a.m., Anonymous leblase said...

Lupe:
tout celà nous vient des Romains qui, tentant de trouver une origine quasi-magique et divine à la création de Rome, fit passer l'idée que les jueaux Romulus et Rémus furent sauvés par une louve.
En fait, la vérité est à l afois plus prosaique et plus belle à mon sens: il se trouve qu'en argot romain, pute se dit louve.
D'où le mot lupanar pour désigner son lieu de négoce.
Une prostituée aurait donc sauvé ces braves petits gars qui s'entretuèrent dès qu'ils le purent.
L'analogie de la louve pour putain est d'autant mzl appropriée que la louve dominante est généralement très fidèle à son mâle-qui le lui rend bien

 
At 7:57 a.m., Anonymous leblase said...

J'oubliai de préciser que lupa est louve en français, mais j'imagine que vous aviez fait le lien vous-même:)

 
At 3:54 p.m., Blogger Marie-Chantal said...

Oui, bien sûr, lupe, lupa, louve... et comme vous le dites si justement, pute.

Ouf ça fait quoi dans l'identité tout ça ? Suis-je une pute qui s'ignore ? Sommes-nous tous des putes au fond ?

 
At 3:56 a.m., Anonymous Anonyme said...

Juste quelques petits détails à propos de la chanteuse. Lupe est un prénom courant en Amérique latine et surtout au Mexique ; il s'agit du diminutif de Guadalupe qui est le nom de la Vierge qui est apparue au Mexique et qui est la patronne du continent. Si la chanteuse cubaine s'appelle ainsi, c'est en référence aux films mexicains dont son père était très friand. En fait son prénom usuel était Yolanda et on l'appelait en général la Yiyiyi. Qu'Almodóvar it utilisé «Puro teatro» est à mettre plutôt en relation avec la culture du «bolero» (les chansons sentimentales à s'arracher le cœur comme «Bésame mucho», «Usted», «Soy lo prohibido»...) très enracinée chez les 400 millions d'hispanophones. «Puro teatro» est un grand classique de la fin des années 60 écrit par Tite Alonso Curet et qui fait partie d'une trilogie avec «La carcajada final» et «La tirana». Et c'est d'ailleurs cette dernière chanson qui est le grand classique gay. Enfin «hacer la lupe» ne signifie pas se travestir mais simplement passer outre (et c'est une expression très rare pas du tout utilisée en Espagne).

 

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